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l’été, saison de tous les excès

Si la vie suédoise est relativement calme et monotone durant les longs mois d’hiver (il neige, il fait froid, il fait sombre : trois constats sans appel), elle réserve en revanche son lot de surprises et devient beaucoup plus imprévisible en été.

L’été c’est, si je peux me permettre de généraliser, la raison de vivre de chaque suédoise et chaque suédois. Pleurée d’octobre à décembre, invoquée de janvier à avril, l’été est la saison de tous les excès, adorée de mai à septembre. Et pour le poète qui sommeille en chacune et chacun, le mot « été » (sommar) rime avec de nombreux plaisirs plus au moins défendus, plus au moins sains.

Été rime avec alcool : il s’en est vendu en Suède, en 2010, 14 millions de litres la semaine de Midsommar (plus d’un litre par habitant) !

Été rime avec bronzette : privé de soleil pendant quelques mois, le suédois se précipite vêtu d’un simple maillot de bain et sans protection particulière sous les premiers rayons de l’année. Chaque année, plus de 2000 personnes (soit, en pourcentage de population, une médaille d’or en coupe du monde du cancer de la peau) développent un mélanome.

En été, je mange des fraises

Été rime également avec fraise : la fraise suédoise marque en effet le début de l’été. Attendue pour le weekend de Midsommar (encore lui), la Suède en produira 15000 tonnes qui seront principalement consommées sur place (soient 3 à 4 litres par personnes).

Mais la poésie estivale ne s’arrête pas à ces 3 exemples. Sommarjobb (boulot d’été), sommarrea (soldes d’été), sommartider (un classique de la musique pop suédoise), sommarstängt (la fermeture annuelle des restaurants et magasins déconcertante pour de nombreux touristes), … et même le sommarwrap, la version estivale de ce sandwich à la mode.

Combinés, tous ces excès peuvent conduire à des situations plutôt inhabituelles. Que peut-il alors arriver lorsqu’une demoiselle se rend à son sommarjobb (serveuse dans une sandwicherie par exemple) après une soirée plutôt arrosée ou avec les séquelles d’une insolation ? Vous vous retrouvez à manger, au soleil dans un parc, un sommarwrap au jambon… et aux fraises. Évidemment.

facenook

Dans sa catégorie trucs & astuces pour l’été Dagens Nyheter décrivait, ce matin, le kit de survie que le petit citadin se doit d’avoir avec lui lors d’un weekend dans la campagne suédoise : du produit contre les insectes (moustiques principalement), une pince à tiques, un pantalon et un tee-shirt à manches longues (contre les moustiques également) et, en option, une boîte de préservatifs.

Mise à part la boite de capuchons en latex, dont l’efficacité contre les moustiques reste à mon avis à prouver, mon expérience personnelle m’a amené ces dernières années aux mêmes conclusions que celles de la rédaction de ce quotidien national : « non en Suède vous ne serez jamais vraiment seuls perdus sur une île ou en rase campagne; oui vous serez entourés de milliers de moustiques assoiffés ! »

Mais il manque sûrement un objet dans ce kit pour qu’un simple weekend se transforme en vrai moment de détente : un bouquin ! Et même des bouquins ! Empilés sans limite ou presque sur l’étagère électronique pas plus grosse qu’une pièce de 20 centimes de mon nouveau jouet : un nook. Plutôt contre, il y a encore une semaine, le fait de troquer du papier et de l’encre contre un écran, je dois avouer que l’adaptation à ce nouveau support a été immédiate !

Nook

Un écran dont la texture est très proche de celle d’une feuille, de l’encre électronique dont le rendu est agréable et reposant pour les yeux, une prise en main facile, … ce nook ne remplacera certainement pas l’intégralité de ma bibliothèque mais sera, sans l’ombre d’un doute, une excellente alternative aux livres de poche ! Encore quelques pages de « The Accidental Billionaires: The Founding of Facebook A Tale of Sex, Money, Genius and Betrayal » et je passerai, d’un touché d’écran, au prochain titre… tout simplement.

Alors après avoir jugé de son potentiel dans les transports en commun, au bord d’un lac et dans le lit, j’emmène dès ce soir mon nook passer l’épreuve ultime : un weekend à la campagne en compagnie de mes amis Andreas Knott, Anna Fästingar, Karl Stickmyggor et… de mon kit de survie.

stockholm se réveille

Loin d’être un spécialiste des phénomènes naturels et de société, j’aurais quand même envie de dire que Stockholm est comme un volcan – avec ses périodes de sommeil et ses périodes plus agitées – qui, contrairement à son homologue islandais, est plutôt prévisible.

D’octobre à mars, période plutôt calme. Les rues se vident de leurs passants, les ports de leurs bateaux et, plus révélateur de l’ambiance générale, les supérettes de leurs barbecues à usage unique.

De mai à août, période plutôt agitée. Les rues sont bondées comme un périphérique aux heures de pointe, tous les Anders du royaume sont à la barre et, plus révélateur de l’ambiance générale, les supérettes écoulent leurs barbecues à usage unique par centaines de palettes tous les jours.

Avril et septembre, deux mois pendant lesquels les stockholmois et stockholmoises sont indécis. Entre farter ses skis, manger une glace au soleil par 20°C, mettre les manteaux d’hiver au placard ou les ressortir, les activités sont variées mais trop imprévisibles et changeantes pour être appréciées à leur juste valeur.

J’ai appris à vivre avec le phénomène. En septembre, le charbon de bois descend à la cave et les skis retrouvent leur place dans l’entrée. En avril, les skis descendent d’un étage et le charbon de bois remonte… La tente, quant à elle, garde sa place : placard de gauche, porte du haut. Il paraît qu’on peut faire du camping par -10°C et je préfère être prêt le jour où l’envie me prendra d’aller planter les sardines dans un bloc de glace.

Cette migration annuelle des équipements est parfaitement naturelle pour mes voisins de palier qui, finalement, ne comprennent pas qu’on puisse, après 5 années, encore s’émerveiller d’une piste de ski de fond qui traverse ce qui, en été, redevient l’endroit parfait pour griller quelques saucisses et boire un verre autour d’un feu qui deviendra cendres…

Stockholm s’apprête donc à rentrer en éruption, Stockholm se réveille et je suis PRÊT.

sardines à l’eau

Cette année, et pour la première fois depuis mon arrivée en Suède, je passerai l’été dans la région de Stockholm (région qui pourrait s’étendre un peu si l’envie me prend de goûter l’eau du côté de Bergen en Norvège). Et cette année, le mois de juin bat tous les records : il n’a pas fait aussi froid depuis 50 ans !
10 degrés un 15 juin, c’est encore supportable (car comme le dit un proverbe suédois : « il n’y pas de mauvaises températures, juste de mauvais vêtements ») mais sous une pluie incessante, je n’ai vraiment pas envie de sortir mes sardines !

sardines à l'eau

Une chose est sûre en revanche : à la première éclaircie, je fais mon sac et je pars me perdre dans la campagne suédoise, planter ma tente, me baigner dans un lac, griller des saucisses et me faire dévorer par les moustiques. L’été suédois n’aura pas raison de moi !